ÕÝÍÉ ÇáÈÏÇíÉÇáÊÚÑíÝ ÈÇáãæÞÚ åíÆÉ ÇáÊÍÑíÑ  | ÇáÈÍËÑÇÓáäÇ

ÇÌÚá ãæÞÚ ÇÈä ÈÇÏíÓ ÕÝÍÉ ÇáÇÓÊÞÈÇá áÏíß 

 

" Åä Çááå áÇ íÛíÑ ãÇ ÈÞæã ÍÊì íÛíÑæÇ ãÇ ÈÃäÝÓåã "

 

 

 

 

 

 

 

 

Cheikh Abdelhamid Ben Badi Educateur et Réformateur religieux

Abdelhamid Ben Badis, Président de l'Association des Oulémas musulmans algériens, figure emblématique du mouvement réformiste musulman en Algérie, dans la première moitié du XXème siècle, est né  le 5 décembre 1889 à Constantine où il mourut le 16 avril 1940. Il appartenait à une famille patricienne dont les origines remontaient aux Zirides. Bologhine Ibn Ziri, le fondateur d'Alger, est l'une des plus célèbres figures de cette famille princière. C'est dans sa ville natale qu'il apprit le Koran selon les usages traditionnels, et les bases de ses connaissances en langue et littérature arabes, ainsi que celles des sciences de la religion islamique. Tout enfant, il est placé sous le préceptorat de Hamdân Lounissi, adepte de la confrérie mystique des Tidjâniyya, qui marquera durablement le jeune Abdelhamid.

Elève, à partir de 1908, de l'Université Zeitouna à Tunis, il y subit l'influence de maîtres, notamment de Tahar Ben Achour, adeptes du mouvement salafi- réformiste musulman prônant le retour à un Islam purifié de toutes les déformations qui l’avaient dénaturé. Ce mouvement s'était répandu dans la deuxième moitié du XIXè siècle au Proche-Orient et en Egypte. Après avoir obtenu son diplôme en 1912, Abdelhamid va enseigner pendant une année à la Zitouna, conformément aux usages appliqués par cette prestigieuse université tunisienne.

 près avoir accompli le pèlerinage à la Mecque et Médine où il se rendit à l'issue de ses études à Tunis, il côtoya le   mouvement réformiste rigoriste des Wahhabites en plein essor dans les lieux saints de l'Islam. Durant son séjour à Médine, Abdelhamid qui va retrouver son premier maître Hamdân Lounissi, résidant désormais dans la cité du Prophète, va compléter et approfondir ses connaissances auprès de cet exilé volontaire ainsi qu’auprès d’autres maîtres. De retour en Algérie, il se consacra d'abord, de 1913 à 1925, à l'enseignement et à l'action culturelle, avant de vouer toute son énergie à la réforme de la pratique religieuse dans le pays. Contrairement à ce qui est fréquemment soutenu -par des publicistes et des historiens- le mouvement réformiste religieux en Algérie ne fut pas créé ex- nihilo par Ben Badis et ses compagnons. La fin du XIXème et le début du XXème siècles virent naître l’émergence d’intellectuels réformistes représentés par un groupe d’Oulémas et d'enseignants de valeur à Alger, Constantine et Tlemcen et ailleurs, tels les cheikhs Medjaoui, Ben Smaïa, Benali Fekhkhâr qui ont condamné les pratiques

obscurantistes d'un certain nombre de confréries religieuses, et de personnages considérés comme saints en raison de leur piété ou de leur ascendance, comme ils ont dénoncé la mainmise de l'administration coloniale sur le culte musulman. Lors de sa visite en 1905  à Alger et Constantine, le Cheikh Mohammed Abdou rencontra plusieurs de ces lettrés enseignants.

Le mouvement réformiste se développa en Algérie pendant l’entre deux guerres mondiales grâce à l'action de Ben Badis et d'un groupe d'anciens élèves et de compagnons, loyaux fidèles, disciples formés dans leur majorité à Tunis ou au Moyen-Orient. Ce mouvement trouvant son inspiration dans la pensée et l'action de Mohammed Abdou et de Rachid Ridha, subit aussi indubitablement l'empreinte des idées rigoristes et souvent intransigeantes des Wahhabites auquel il emprunta un certain nombre d'idées et de pratiques.

Le but de Ben Badis maître à penser de ce cénacle et leader animateur du groupe de ses compagnons, alliant une intégrité et une probité intellectuelle sans failles, à un amour passionné pour l'Algérie, sa langue et sa religion, était d’épurer l'Islam algérien de toutes les pratiques non conformes au Koran et à la Sunna, les deux seules sources dogmatiques de la religion. Tous ces hommes dévoués et volontaires désiraient, avec les outils de l'éducation, le livre, la presse, revivifier l'orthodoxie des premières splendeurs de l'Islam tout en la conciliant avec les perspectives d'ouverture d'un modernisme modéré. Les Musulmans devaient prendre exemple sur les vertueux ancêtres -as-Salaf as-Salih- et comme au Moyen-Orient, les adeptes du réformisme religieux se firent appeler Salafiya/ Salafites. De même ils furent connus par le nom d'Islahiya/ -les réformateurs.

De 1913 à 1925, dès son retour au pays, Abdelhamid Ben Badis va consacrer tous ses efforts et ses talents remarquables d'éducateur à l’enseignement ; cela va des sciences éducatives telles: la littérature, l'histoire, la géographie aux disciplines civiques et religieuses. Son action pédagogique cible aussi bien la jeunesse, garçons et filles, que les adultes:

·         en 1917, il aménage un cours public dans la mosquée de Sidi Qammoûch, à Constantine.

·          toujours dans sa ville natale, au siège de la Société de Secours musulman, avec le concours de ses premiers disciples, des cours du soir pour adultes sont dispensés, et les langues arabe et française étaient au programme

·         en 1918, Ben Badis, en véritable manager, envoya à l’Université de la Zitouna à Tunis, la première promotion d'un groupe d'étudiants algériens qui seront appelés à constituer les cadres de l'enseignement libre, ouvrant la voie à des missions d'études programmées périodiquement.

·         en 1919, à Sidi Boumaza, la première école de filles est ouverte sous son impulsion. Ben Badis se chargera lui même, avec le concours de Moubarak Al-Mili, de dispenser les cours comprenant très tôt que l’instruction des filles est un paramètre incontournable pour tendre à la renaissance de la société algérienne.

parallèlement à ses intenses activités socio-éducatives, le Maître, avec sa clairvoyance habituelle doublée d’un remarquable pragmatisme, va investir, dans une première étape, les espaces socioculturels en milieu urbain. Ainsi :

·         il encourage, organise et parraine l’éclosion de nombreuses sociétés musicales essaimées à travers le territoire national, ainsi que des troupes théâtrales et des formations sportives.

·         il a été l’un des premiers leaders à avoir su comprendre l’apport considérable qu’on pouvait tirer du mouvement scout pour encadrer et structurer l’organisation de masse des jeunes.

·         par ailleurs, des centres culturels voient peu à peu le jour, toujours sous son instigation et son égide dont le plus célèbre, le Cercle du Progrès, à Alger était animé par Tayeb Al-Oqbi, un fidèle compagnon du Maître.

L'action du groupe en vue de la régénération morale des Musulmans algériens, de la renaissance d'un Islam à leurs yeux authentique, et l'affirmation de la personnalité arabo-musulmane du peuple algérien, prit plusieurs formes et s'alignera au combat pour défendre ses idéaux sur le terrain de la presse.

Dès 1925 il publia le journal Al-Muntaqid  -le Censeur- et c’est dans les colonnes de ce périodique, que, lui et ses compagnons commencèrent à diffuser les idées réformistes. Le journal jugé subversif par l’administration coloniale, fut interdit à son 18è numéro. Toujours opiniâtre, Ben Badis créa par la suite d’autres publications périodiques. La plus célèbre reste Ach-Chihab -Le Météore-   qui  va offrir une grande tribune médiatique à la propagation du discours badissien et parut de 1925 à 1939, lorsque le Cheikh en interrompit volontairement la publication, de crainte, pensent certains de ses historiens biographes, d’être obligé de prendre position pour l’un ou l’autre des deux camps qui s’affrontaient en Europe.

 La création d’écoles où étaient enseignés la langue arabe et les principes d’un Islam rénové, fut le deuxième moyen d’action utilisé par Ben Badis et ses partisans. Si en 1934-1935, le journal Ach-Chihab annonce la création, jusqu’à cette date, de 70 écoles -d’une ou deux classes réparties dans différentes régions du pays avec 3000 élèves inscrits- l’Association des Oulémas, qui sera créée en 1931, publia en 1950 la liste de 124 écoles avec un corps éducatif constitué de 274 maîtres. En 1954 la même Association relève un nombre de 40.000 élèves fréquentant ses établissements scolaires. Elle créa à Constantine, en 1947, l’Institut Ibn Badis, établissement secondaire qui formera des enseignants et des élèves appelés à être envoyés poursuivre leurs études à Fès, Tunis et au Moyen-Orient.

Pour exercer son action et réunir toutes les bonnes volontés engagées dans la lutte pour le renouveau de l’Islam, Ben Badis et ses compagnons s’unirent en 1931 aux cheikhs des confréries religieuses importantes pour créer l’Association des Oulémas musulmans algériens. C’est au Cercle du Progrès, en 1931 à Alger, lors d’une réunion de l’Assemblée générale constitutive de l’Association des Oulémas Musulmans regroupant les compagnons, les disciples, les sympathisants et les délégués de l’intérieur du pays autour du Maître, que Abdelhamid Ben Badis a été élu Président de cet organisme. Au premier conseil d’administration siégeaient : Tayeb Al-Oqbi, Moubarak Al-Mili, Bachir Al-Ibrahimi, et  Larbi Tébessi.

Ainsi ce sont les réformistes qui s’emparèrent des postes clefs de l’Association et marginalisèrent rapidement les représentants des confréries. Une année après, c’était la rupture définitive avec les cheikhs des confréries qui formèrent à leur tour une Association des Oulémas Sunnites d’Algérie. Le conflit scissionniste ouvert entre les deux groupes antagonistes : les Oulémas réformistes d’une part, et les chefs des confréries et des Zaouias d’autre part, va perturber la masse du peuple. Notamment la paysannerie et le peuple profond caractérisés par une simplicité naturelle dans la pratique de leur dévotion et qui restaient encore très attachés à ses Zaouïas d’autant que ces dernières détenaient un pouvoir spirituel considérable, et exerçaient en même temps une profonde influence temporelle : enseignement, arbitrage, hospitalité, œuvres charitables

La doctrine principale du réformisme musulman, l’islâh des oulémas rassemblés autour du Maître et leader, Ben Badis, était fondée foncièrement, rappelons-le sur le retour aux deux sources essentielles de l’Islam : le Koran et la Sunna. Ils prônaient la régénération de l’Islam et leur action, se référant constamment  à la pure religion des ancêtres vertueux délestée des innovations blâmables -bida`-, était axée sur une offensive passionnée contre tous les milieux traditionalistes accusés de propager un soufisme obscurantiste et rétrograde en contradiction avec les valeurs musulmanes authentiques. Ils condamnaient particulièrement le culte des saints et accusaient les cheikhs et les adeptes des zaouïas et des confréries de charlatans, de « faiseurs » d’amulettes, allant jusqu’à les taxer de polythéisme -chirk-. Ils les présentaient comme des exploiteurs du peuple, abusant sans vergogne de la crédulité des populations rurales.

Si Ben Badis lui même, présenté souvent comme un soufi, ne se montra pas toujours sévère  envers les confréries religieuses, ayant toujours su cultiver les vertus de l’écoute et de la tolérance en digne adepte d’Ibn Arabi et de Jalal Al-dîn al-Rûmi, d’autres membres de son association, par contre, firent preuve d’une intransigeance dogmatique qui scinda certaines cités du pays, en deux camps antagonistes livrés à des affrontements dans les domaines de la théologie, de la morale et de la pratique quotidienne des principes de la religion.

Ils menèrent bien souvent une campagne souvent sévère, voire parfois injurieuse, de dénigrement et de dérision contre les adeptes de pratiques religieuses populaires. Cette campagne n’épargna pas un certain nombre de zaouias dirigées et animées par des hommes de bien, dignes de tout mérite et de tout éloge. Pour préserver leur pouvoir et aussi leurs privilèges -et ils en avaient-, certains cheikhs de zaouias se rapprochèrent de l’administration coloniale qui sut les récupérer, et les auxiliariser machiavéliquement à la fois, contre les Oulamas réformistes, et contre les partis indépendantistes.

A la longue, Ben Badis, pour éviter les mesures coercitives du Pouvoir colonial, traduites répressivement  par de répétitives interdictions, frappant ses journaux, et prohibant l’enseignement de la langue arabe, son principal moyen d’action, le Maître s’est interdit, par calcul tacticien, dans ses programmes d’actions, des perspectives et des objectifs politiques dans ses efforts d’émancipation du peuple algérien. Lui et ses compagnons ne cessèrent de proclamer l’appartenance arabo-islamique du peuple algérien. Ainsi, ils se mobilisèrent par l’enseignement et la propagation de la culture arabo-islamique pour servir la patrie algérienne. Cette habile position de « rempart » culturel adoptée par Ben Badis et ses compagnons va contrecarrer, insidieusement, les menées de l’occupant colonial et les agissements des Pères Blancs visant à aliéner un peuple de son substrat identitaire civilisationnel. L’entreprise intrépide des réformistes religieux réussira à mettre un frein à la dépersonnalisation du peuple algérien et à sa division. Le succès de ces combats, sourds et latents, contre l’ethnicisme et le régionalisme, contre ces maux et ces fléaux socio-historiques fomentés, stimulés et attisés par «l’ingénierie» coloniale, se traduira par un succès indéniable.

Il faut souligner que les réformistes furent adeptes d’un nationalisme modéré, très tôt assez proche des partisans du Manifeste du peuple Algérien de Ferhat Abbas, tout au moins pour ce qui relève de la problématique de l’émancipation du peuple algérien, et qu’ils ont toujours rêvé d’une modification de la politique coloniale française.  Ces réformistes  suivaient  avec beaucoup d’intérêt les efforts de renouveau religieux de Djamel ad-Dîn Al-Afghâni et de Mohammed Abdou et son disciple et futur continuateur Rachid Ridha.

Ainsi, sans jamais se prononcer ouvertement sur l’indépendance de l’Algérie, le mouvement réformiste lancé et animé par Ben Badis, contribua à l’enracinement du nationalisme libérateur, et à l’extension  de la résistance contre les menées coloniales françaises visant à pérenniser leur occupation impérialiste. L’objectif suprême du Maître du réformisme religieux était fondé sur la sauvegarde de la personnalité d’une Algérie, unie et en symbiose, dans ses spécificités ethniques, religieuses et culturelles … indivisées et indivisibles (avec pour slogan énoncé dans la célèbre triade,  l’Islam est notre religion, la langue arabe est notre langue, l’Algérie est notre patrie.

L’apolitisme patent de Ben Badis, du moins au début de son action, ne l’empêcha pas de jouer un rôle de premier plan dans la constitution et l’action du Congrès Musulman algérien,  tenu en juin 1936 à Alger, qui, réunissant les principales mouvances politiques du pays, à l’exception des indépendantistes, réclamait l’octroi de la nationalité française sans abandon du statut personnel, pour une élite de 20.000 Algériens, -corps social constitué de détenteurs de diplômés et de fonctionnaires instruits- qui pouvaient ainsi participer aux différentes élections avec le collège des Européens « pieds noirs ». Malgré la modération des revendications visant à améliorer la condition désastreuse du peuple algérien, les colons et l’administration coloniale méprisants et « aveuglés » en même temps, sabordèrent le projet.

A sa mort, en 1940, Ben Badis laissa plusieurs élèves, disciples et compagnons qui tentèrent de prolonger son action.

Le plus fidèle et le plus dévoué dans la lutte pour l’indépendance du pays fut, incontestablement, le cheikh Larbi Tébessi. Enlevé par la police française, au cours de la Guerre de libération nationale; son corps ne fut jamais retrouvé.

A l’opposé de certains membres de l’Association des Oulémas Musulmans Algériens, Ben Badis ne fit jamais preuve de violence verbale envers ses adversaires, y compris envers les cheikhs de zaouïas. Plus serein que la plupart de ses compagnons, plus tolérant, plus ouvert et d’une modestie et d’un détachement de soi quasi mystiques, durant toute sa vie d’intellectuel engagé sur les fronts qui furent les siens, il voulait  gagner à son grand projet d’une société réformée dans ses fondements religieux et culturels, les milieux hostiles, les sceptiques et les indifférents. Il montra la même attitude généreuse et magnanime envers les autres ethnies et religions du pays, ne se départissant jamais d’un profond humanisme tirant son essence et sa quintessence de ses croyances religieuses, et des enseignements précieux de sa somme culturelle qu’il avait acquise précocement, dans son pays d’abord, puis lors de ses voyages d’études initiatiques dans le monde arabe.

Pour honorer la mémoire et l’œuvre de cet imam du siècle défunt, que fut le cheikh Abdelhamid Ben Badis, illustre éducateur et l’une des grandes figures de notre Panthéon national, le 16 avril a été institué par les pouvoirs publics : Youm El Ilm/ Journée de la science.

Rappel bibliographique de son œuvre(en  langue arabe) :

·  Mabadi : El Oussoul –Texte présenté et annoté par A. Talbi, -Alger, SNED, 1980. -48p.

·  Alaqaid Al islamia Min Al Ayat Al qorania Wal Ahadith  An Nabawiyya -Texte annoté et commenté par Mohammed Hassen Foudhala -Constantine, Dar el Baath, 1985. -120p.

·  Athar Abdelhamid Ibn Badis –Alger, Ministère des affaires religieuses, 1985- 4vol.

·  Madjaliss At-Tadhkir –Alger, Ministère des affaires religieuses, 1991.

Rappel Bibliographique critique de son œuvre (en langue française) :

· Ali Merad –Ibn Badis, commentateur du Koran (deux éditions existent)  -Paris, Geuthner – 269p.

 -Alger, SNED, 1971, -269p.

· Ali Merad-le Réformisme musulman en Algérie de 1925 à 1940 : Essai d’histoire religieuse et sociale

 Paris, Mouton, 1967 – 474p.

  »

 

Abdelhamid Ben Badis un homme de pensée et d'action

ABDELHAMID BEN BADIS est né le 5 décembre 1889 à Constantine d'une famille de vieille bourgeoisie citadine.

Après des études coraniques à la zaouyya Aissaoua, il part en 1908 pour Tunis où il poursuit ses études à l'Université Zeïtouna jusqu'en1911. C'est à la Zeïtouna où il prend contact avec des 0ulama et des patriotes tunisiens qu'il s'éveille à la conscience nationale. Cet éveil est soutenu par des motivations telles que : l'histoire da l’Algérie, la situation de la langue arabe et de la religion etc...

En 1922, il part en pèlerinage à la Mecque, puis voyage à Médine, Damas, Le Caire, rencontre des Oulama de ces pays avec qui il a des entretiens  et des débats.

En 1913 pénétré des idées de la Nahdha et de l'enseignement des cheikhs Abdou et Djamal Eddine El Afghani, Abdelhamid Ben Badis retourne an Algérie.

A Constantine, les premières prédications religieuses du jeune Ben Badis rencontrent une relative audience auprès des couches populai­res mais se heurtent à une violente réaction de la bourgeoisie locale  et de l'Administration coloniale.

A la mosquée Sidi Lakhdar, il ouvre la première des 130 médersas que comptera le pays 20 ans plus tard. Dans cette médersa, des élèves de diverses régions viennent étudier le Coran, mais aussi, et selon des méthodes modernes, l’histoire de l’Algérie, la littérature arabe et d'autres disciplines. Ce renouvellement pédagogique est une préoccupation commune aux cercles réformistes du Maghreb et du Machreq arabes.

Abdelhamid Ben Badis impulse le développement d'un fonds d'entraide aux médersiens. Il forme le corps enseignant qui va essaimer à travers le pays. Il organise la mixité dans les médersas: garçons et filles étudient ensemble. Dans cette entreprise, il doit lutter à la fois, contre l'hostilité de l'Administration coloniale et celle des confréries maraboutiques et de la bourgeoisie locale. Il s'appuie sur les couches populaires qui lui apportent leur soutien moral et matériel. C'est que les couches populaires sont plus sensibles à son oeuvre pratique qu'aux promesses des notables.

L'affluence des jeunes, fils de petits commerçants, de travailleurs, de talebs, de paysans pauvres, tous assoiffés d'instruction et de savoir font redoubler l'énergie de Ben Badis qui va consacrer conjointement à son oeuvre de "Tefsir" (commentaire du Coran) une grande partie de ses forces à l'éducation de la jeunesse. Au contact des médersas, ces jeunes vont pouvoir exprimer leurs préoccupations et leurs espoirs; ils seront l'un des chaînons du mouvement de la Nahdha en contribuant notamment à faire sortir la langue arabe du ghetto dans lequel le colonialisme l'avait confinée.

En 1919, Abdelhamid Ben Badis crée la première imprimerie en arabe et commence une longue carrière de journaliste. Il animera successivement les journaux "En Nadjah", "El Mountaqid", "Ech Chihab" et "El Baçaïr". La lecture des textes qu'il publie, surtout dans "Ech Chihab" confirme son ouverture d'esprit sur le monde moderne.

Au fur et à mesure que Abdelhamid Ben Badis avance dans son travail d'éducation de la jeunesse et de rénovation, se multiplient autour de lui et contre lui les attaques de la bourgeoisie et des marabouts, auxiliaires et chiens de garde de l'Administration coloniale. Ses prises de positions publiques se politisent de plus en plus, surtout à partir de 1931, date à laquelle il fonde "L'Association des 0ulana d'Algérie" qu'il présidera jusqu'à sa mort. Cette association ouvre pour cheikh Abdelhamid Ben Badis un champ d'activité très large. Dans de nombreux articles de presse, conférences, prises de parole, il entreprend une vigoureuse défense de la langue arabe, de la liberté du culte. Il ne cesse de cerner, en des termes de plus en plus précis, la question nationale et la personnalité algérienne.

La victoire du front populaire en France (1936) coïncide avec l'essor du mouvement national et aide objectivement à son développement. Elle fait naître des espoirs. C'est l'époque du "Congrès Musulman" dont nous parlons par ailleurs.

Après la dislocation, du Congrès en été 1937, le cheikh Ben Badis retourne alors à son activité propre à la tête de "l'Association des Oulama". Il poursuit en même temps son activité de journaliste, mène une lutte quotidienne contre la répression qui s'abat sur les patriotes algériens et dénonce la propagande fasciste et les agissements antisémitismes.

Miné par la maladie, il meurt prématurément le 16avril 1940 à Constantine, sa ville natale. Alors que la seconde guerre mondiale faisait déjà rage, aggravant les préoccupations de chacun, cette mort ne passa pas inaperçue. En effet, plus de 20000 personnes assistèrent à ses obsèques qui prirent l'aspect d'une gigantesque manifestation d'adhésion des masses populaires aux principes humanistes, anticolonialistes et démocratiques qui ont guidé la vie et inspiré l'oeuvre de ce grand combattant algérien.

TOUTE UNE VIE AU SERVICE DE LA LIBERTE ET DU PROGRES

Pour de nombreux Algériens, le nom de Ben Badis évoque surtout la lutte inlassable menée par le cheikh pour préserver et revaloriser la langue et la culture arabes, pour affirmer et sauvegarder la personnalité algérienne, pour éliminer les déformations maraboutiques qui défiguraient l'islam et en faisaient un instrument au service de la domination coloniale.

Mais Ben Badis fut aussi un éminent dirigeant politique qui contribua largement au développement du mouvement national sous sa forme moderne.

A ces divers titres, Ben Badis est une des grandes figures nationales de l'Algérie. Son oeuvre profondément humaniste, ses idéaux démocratiques et son action anticolonialiste constituent un enseignement précieux pour tous les algériens. Certes, cette oeuvre et cette action appellent un examen critique et des études scientifiques. C'est là un travail d'historien que nous souhaitons voir réalisé.

Dans ce cadre, et pour notre part, nous pensons que le meilleur hommage que nous puissions lui rendre aujourd'hui est de mettre en relief quelques uns des aspects les plus positifs de son combat, ceux-là mêmes que publicistes, idéologues et historiens  conservateurs s'efforcent pour les besoins de leur politique obscurantiste de passer sous silence ou de dénaturer. I1 nous a paru important de rappeler notamment quelques épisodes de la lutte politique menée par Ben Badis pendant la période qui a précédé de peu la deuxième guerre mondiale, celle des années 1936-1937 qui ont vu la création et les activités du "Congrès Musulman Algérien".

Ce qui émerge des faits, dès la première approche, c'est l'action inlassable de Ben Badis pour unir, toutes las forces anticolonialistes. En ce1a, il a fait preuve d'une clairvoyance remarquable. Ceux qui ont eu l'occasion de suivre ses conférences et causeries se souviennent sans doute de l'exemple qu'il aimait à donner souvent pour démontrer l'exigence, la nécessité et la valeur de cette unité d'action. L'ennemi, disait-il, en substance, peut briser chacun de nous comme il le ferait d'un simple roseau. Mais si nous réunissons tous les roseaux en une gerbe, il restera impuissant.

Cette union des forces patriotiques et anticolonialistes, Ben Badis a travaillé à sa réalisation en participant à la fondation du "Congrès Musulman Algérien" (CMA).

LE "CONGRES MUSULMAN": UNE ETAPE DANS LE DEVELOPPEMENT DU MOUVEMENT ALGERIEN DE LIBERATION

Le "Congrès Musulman Algérien" marque une étape importante dans le développement du mouvement algérien de libération. Pour aider à mieux apprécier aussi bien l'apport que les limites de cette organisation ainsi que le rôle qu'y a joué le cheikh Abdelhamid Ben Badis, nous rappellerons brièvement le contexte historique qui avait marqué cette époque.

En Algérie, les années 30 sont celles où les colonialistes célébraient avec une arrogance sans pareille le centenaire de la conquête. Notre pays vivait sous l'humiliant "code de l'indigénat"; ses territoires du sud étaient sous le "régime du sabre", c'est-à-dire militairement administrés. Le peuple Algérien connaissait une misère effroyable, était soumis à une exploitation effrénée, maintenu dans l'ignorance, quotidiennement brimé et humilié dans sa dignité. Considéré juridiquement comme "un sujet musulman" sans droits politiques, l'Algérien était tout juste bon pour produire beaucoup, consommer peu et servir de chair à canon dans les guerres colonialistes.

Le colonialisme n'autorisait la promotion intellectuelle -fort limitée et orientée - qu'au sein des gros possédants algériens et

d'une minorité de la bourgeoisie algérienne qui participaient à l'exploitation des travailleurs et des fellahs et ramassaient les miettes que  leur laissaient les colons et les capitalistes français. En échange de cette promotion culturelle et sociale, cette féodalité terrienne et cette fraction de la bourgeoisie citadine se faisaient les auxiliaires de l'administration coloniale à qui elles venaient en aide pour freiner l'éveil de la conscience nationale du peuple et s'opposer à ses revendications les plus élémentaires. On connaît trop bien les exactions des caïds et bachaghas dans les communes mixtes, celles des "élus" administratifs dans les villes et que le peuple appelait les "Beni oui oui".

Toutes ces mesures répressives limitaient et rendaient plus difficiles les luttes patriotiques mais elles ne pouvaient pas les empêcher. La conscience nationale continuait de se développer et trouvait son expression dans l'organisation de partis politiques, de syndicats, d'organisations démocratiques et anticolonialistes. Ce n'est certes pas un hasard si c'est dans ces années mêmes que devaient être créés l'Association des Ouléma (1931), le PCA (1936), le PPA (1937), le Congrès Musulman (1936) etc. Toutes ces organisations poursuivaient d'une façon plus vaste et mieux organisée, les actions menées dans les années 20 par le mouvement de l'Emir Khaled, les premiers groupes communistes avec Hadj Ali Abdelkader   et Ben Lekhal, l' "Etoile Nord Africaine" créée à Paris parmi les Algériens émigrés. Cela avait amené ces algériens à poser dès cette époque la revendication de l'indépendance nationale et à engager la lutte pour la faire aboutir. Eux aussi prenaient ainsi - sous de nouvelles formes- le relais des luttes de résistance armée qui avaient été menées par Abdelkader, El Mokrani, les Oulad Sidi cheikh et tant d'autres depuis 1830, et eux aussi devaient tomber victimes de la répression colonialiste (l'Emir Khaled mourra en exil, Ben Lekhal en déportation etc.).

Un long travail avait été donc mené en profondeur par ces forces patriotiques des années 20 soit ensemble, soit séparément, bien que les objectifs des uns et des autres coïncidaient ou se rejoignaient sur bien des points.

Dans les années 30, l'unité d'action des forces patriotiques et anticolonialistes s'avérait une nécessité et une tâche primordiale pour faire face à l'aggravation de leur situation du fait des menaces que le fascisme européen faisait courir à l'Algérie comme à tous les peuples du monde.

C'était l'époque où, en Europe, après la grave crise mondiale de 1919, montait le fascisme avec l'avènement de Hitler et de Mussolini. L'axe Rome-Berlin-Tokyo se préparait à plonger le monde dans une tuerie sans précédent. On se souvient que Hitler, dans son livre "Mein Kampf" classait les arabes au 14e rang des races et les vouait à l'extermination comme les Israélites. Ce qui répondait tout à fait au vœu des ultra-colonialistes d'Algérie.   

Mais en France, le raz de marée qui avait soulevé le peuple fait échec aux tentatives fascistes de prendre le pouvoir. Une coalition de gauche comprenant la SFIO, le parti radical et le parti communiste, soutenue par les grandes centrales syndicales, constitue le "Front Populaire" et chasse les réactionnaires du pouvoir. Un gouvernement de 'Un gouvernement de "Front Populaire" est constitué en avril 1936 avec à sa tête Léon Blum, dirigeant SFIO. Les communistes qui ne participent pas à ce gouvernement le soutiennent en vertu du pacte signé entre eux et les socialistes le 27 juillet 1934.

Les action antifascistes en France ont leur répercussion dans notre pays où les algériens organisent à leur tour de puissantes manifestations antifascistes et anticolonialistes. De nombreux comités d'"Amis du Front Populaire" se créent un peu partout. L'espoir est grand chez les Algériens de voir un gouvernement de gauche accorder un minimum de droits, ceux-là mêmes que les gouvernements réactionnaires précédents avaient toujours refusés.

Abdelhamid Ben Badis juge la situation favorable pour arracher ces droits. A l'égard du Front Populaire, il adopte une attitude positive. "...La France aborde une situation nouvelle, nous devons y accorder un regard neuf..." (Extrait d'un article publié dans Ech Chihab en novembre 1937).

LE PROJET BLUM-VIOLETTE

C'est pour l'Algérie, l'époque du projet Blum-Violette (ce dernier étant gouverneur général de l'Algérie) qui a déjà fait couler beaucoup d'encre. Il suffit de dire qu'il a été combattu aussi bien par les colons et les fascistes français qui voyaient en lui un coup porté contre leurs privilèges que par des courants nationalistes qui ne voyaient en lui que les insuffisances et les dangers d'assimilation qu'il présentait. En fait ce projet qui comportait effectivement des insuffisances et des ambiguïtés présentait pour l'époque- compte tenu du rapport des forces- des aspects positifs certains, ceux-là mêmes qui firent lever les boucliers des ultra et des fascistes et le firent échouer.

Pour sa part, Abelhamid Ben Badis souscrit à ce projet tout en menant une vaste campagne d'explication vigilante pour dénoncer les tendances assimilationnistes. C'est dans cette bataille que se réalise l'unité d'action entre divers forces anticolonialistes: Oulama, Fédération des Elus, PCA, groupes socialistes, syndicats, personnalités démocrates.

Le 4 juin 1936, le Cheikh Ben Badis prend l'initiative d'organiser un grand rassemblement avec ces diverses forces politiques à Alger. Celui-ci se tient le 6. Un débat houleux s'engage autour du projet Blum-Violette. Bendjelloul, président de la Fédération de Elus, veut tirer à lui seul le bénéfice de cette réunion pour appliquer ses vues assimilationnistes. Il est battu et contraint de reculer devant la volonté d'union et d'action exprimée par la majorité des délégués.

Le 7 juin a lieu le grand meeting du Majestic (aujourd'hui l'Atlas). Ben Badis fait acclamer l'appellation "Congrès Musulman Algérien", la proclamation de la langue arabe comme langue nationale et d'autres revendications ayant trait à la liberté du culte et d'enseignement. D'autres délégués font approuver le principe de la continuité du Congrès par la création d'un organisme central et la constitution de comités populaires de base afin de poursuivre et d'amplifier la lutte. Ils font acclamer d'autres revendications immédiates relatives à la terre, aux libertés démocratiques et aux droits sociaux des travailleurs.

Quant aux revendications politiques, elles restent confuses par le fait de l'obstruction de certains Elus avec à leur tête Bendjelloul qui, par la suite, sera expulsé du Congrès et deviendra un adversaire acharné de Ben Badis.

Cependant, les congressistes se séparent conscients d'avoir découvert, dans leur union naissante, les prémisses d'une force gigantesque, jusque là en sommeil, capable d'arracher dans l'immédiat des avantages qui seront autant d'acquis pour mobiliser les masses dans les luttes futures pour la libération nationale.

Le 20 juillet, la première assemblée du CMA se réunit, adopte une charte revendicative , élit un Comité exécutif et désigne une délégation chargée de se rendre auprès du gouverneur français présenter les revendications du Congrès.

Un participant note à ce sujet:

"... Contrairement à ce à ce qu'affirmèrent certains, la Charte n'était point axée principalement sur le projet  Blum-Violette. Elle réclamait certes l'égalité des droits politiques pour tous les habitants de l'Algérie dans le respect du Statut des musulmans et le suffrage universel, mais l'accent principal était mis sur:

- la reconnaissance de la langue arabe comme langue nationale officielle;

- la non-immixtion de l'administration dans le culte musulman;

- le retour des mosquées et des biens Habous à la libre gestion des fidèles;

- la liberté de l'enseignement;

- l'abrogation du décret Régnier;

- les libertés syndicales, de presse, d'association et de réunion ; - la distribution des terrains domaniaux et communaux aux paysans pauvres;

- des augmentations de salaires avec diminution des heures de travail, en particulier pour les travailleurs agricoles;

- des congés payés et des allocations familiales pour tous les salariés.

"Ainsi, ajoute notre témoin, le Charte reflétait beaucoup plus les préoccupations immédiates des divers éléments composant le Congrès Musulman que le programme définitif d'un parti.

"Mais à part quelques éléments genre Bendjelloul et autres Benhoura ("Élus") qui lâcheront en cours de route et que seules les circonstance  ont poussé au devant du mouvement, tous les autres se rejoignaient dans leur perspective commune d'une même lutte pour le mot d'ordre d'indépendance.

Les nasses populaires ralliaient le congrès et lui apportaient une force inconnue jusqu'alors. Des délégations de tribus allaient même jusqu'à demander si l'heure était venue de prendre les armes.

"En attendant, le front Populaire venait d'ouvrir une brèche dans la citadelle du colonialisme français encore tout puissant. l'heure était non aux grandes discussions, mais à l'action: l'action immédiates, organisée autour de revendications précises, susceptibles de mobiliser et d'unir les plus larges masses..."

LA LUTTE CONTINUE

La délégation revient à Alger. Les mains vides. Dans une   déclaration publiée dans "Ech Chihab" (septembre 1936), Abdelhamide Ben Badis fait un bref compte rendu  disant notamment s'adressant au peuple algérien :

"... Tu as constitué un Congrès et chargé une délégation unie d'aller présenter tes revendications. Cette délégation a rendu visite t aux ministres, aux partis et à la grande presse. Elle t'a fait connaître auprès d'eux et leur a fait entendre ta voix.

"Ils t'ignoraient totalement, mais par tes grandes actions et par le travail qu'a accompli la délégation, tu es aujourd'hui reconnu par ceux qui connaissent le droit, respectent le généreux et soutiennent ceux qui souffrent de l'injustice.

"Peuple ! tu as par ton oeuvre grandiose, prouvé que tu es un peuple épris de liberté, cette liberté qui n’a jamais quitté nos cœurs depuis que nous avons brandi sa bannière. Et dans l'avenir, nous saurons comment lutter, comment vivre et mourir pour cette liberté (...)

Peuple ! tu as lutté et tu n'es qu'au début de     ton combat. Lutte avec constance et renforce ton organisation. Et sache que cette lutte dans toute sa grandeur n'est qu'un pas, qu'un bond en avant qui amèneront d' autres pas, d'autres bonds en avant !"

Cet appel vibrant à la lutte et à l'union élève la combativité des masse populaires. Et en cette fin d'année 1936 et tout au long de 1937, seront menées des dizaines et des dizaines d'action de masse : grèves, démarches collectives autour de revendications précises (inspirées de la charte du congrès), contre la répression colonialiste, les complots fomentés par l'Administration coloniale et par ses suppôts, contre le fascisme et l’antisémitisme.

Ces actions seront impulsées par les comités populaires du Congrès Musulman, notamment en Oranie  où  ils se sont  largement constitués, ainsi que dans  l'Algérois et l'Est-Constantinois. Dans ce mouvement ascendant, mené parallèlement  à un travail de  renforcement de l'union   au sein du Congrès, Abdelhamid Ben Badis se dépensa sans compter.

En juin 1937, 1e Congrès se réunit de nouveau, au cercle du Progrès (Nadi Et Taraqi) à Alger. Des efforts avaient été  auparavant pour surmonter les difficultés créées par le groupe d' "Elus" dirigés par Bendjelloul et pour que triomphe l'esprit unitaire.

Cette réunion devait jeter les bases d'un grand parti algérien. Différentes conceptions s'affrontèrent mais les débats ne donnèrent aucun résultat concret, si ce n'est de maintenir le CMA sous sa première forme. C'était là un indice de l'essoufflement du CMA, essoufflement dû aux coups conjugués de l'Administration coloniale et des fascistes, des menées liquidatrices de certains "Elus" et de l'opposition destructrice de Messali. A cela, il faut également ajouter l'échec de la mission auprès du gouvernement du Front Populaire qui lui aussi s'enlisait, tandis que le fascisme s'élargissait en Europe et que s'annonçait la seconde guerre mondiale.

Abdelhamid Ben Badis n'en continua pas moins ses efforts unitaires et s'efforça de maintenir la flamme qui animait les multiples comités populaires/ Mais le grand Congrès avait vécu laissant cependant des traces inoubliables dans la mémoire du peuple algérien dont il a enrichi l'expérience, l'aidant par lui-même à se préparer à d'autres luttes plus âpres, luttes qui virent se réaliser d'autres formes d'unité d'action entre les forces patriotiques pour l'indépendance et la liberté.

BEN BADIS a écrit...

Les quelques  citations (traduites) que voici sont dans une certaine mesure amoindries dans leur portée réelle parce que forcément extraites de leur contexte. Elles ont cependant une valeur indicative importante. Elles témoignent de la profondeur de vue de leur auteur, de son esprit de discernement, de son humanisme et de son attachement aux principes de liberté, de démocratie et de justice.

SUR LA NATION ALGERIENNE

"La nation algérienne n'est pas la France, ne peut pas être  la France et ne veut pas être la France." (Ech Chihab - Avril 1936)

SUR LE COLONIALISME

"Nous savons parfaitement différencier, dans toute nation l'esprit humaniste de l'esprit colonialiste, Et autant nous détestons et combattons le second, autant nous approuvons et soutenons le premier. Ceci parce que nous sommes profondément convaincus que l'esprit colonialiste est à la base de tous les maux du monde et que tout bien fait à l'humanité provient de l'esprit humaniste," (Ech chihab - Janvier 1938)

SUR L'UNITE D'ACTION

(Extrait d'un article publié dans El Baçaïr du 15 août 1938):

(...) (Ben Badis) a rappelé la nécessité de l'union qui, si elle ne peut se faire par le biais de la religion, qu'elle se fasse par le ciment de la douleur et de la misère communes. Il a montré combien cette union était indispensable et s'est déclaré prêt à s' unir dans l'action avec quiconque, sauf avec ceux qui sont les instruments  de l'Administration (coloniale) et font ce que celle-ci leur dicte, non ce qu'ils veulent eux faire.

SUR LE FASCISME ET LE RACISME

''Le peuple musulman, imprégné de principes démocratiques islamiques, ne peut suivre une doctrine qui ne préconise l'évolution humaine que par l'hégémonie d'une race sur les autres. Les principes islamiques sont basés sur l'égalité de tous les êtres humains."

(Déclaration faite le 3 avril 1937 au journal "La Lutte sociale",organe du Parti communiste algérien).

SUR L'INDEPENDANCE

"L'indépendance est un droit naturel pour chaque peuple de la terre. Plusieurs nations qui nous étaient inférieures du point de vue de la puissance, de la science, de la force potentielle et de la civilisation ont recouvré leur indépendance. Nous ne sommes pas des devins et ne prétendons pas - à l'image de ceux qui déclarent que l' Algérie demeurera éternellement ce qu'elle est - partager avec Dieu la connaissance de l'avenir, De même que l'Algérie a changé à travers l'histoire, de même il est possible qu'elle continue à   se transformer."    (Ech Chihab - Juin 1936).

SUR LA RAISON ET LA TRADITION      

"L'islam a libéré l'intelligence de toutes croyances fondées sur  l'autorité. Il lui a rendu sa complète souveraineté dans laquelle elle doit tout régler, par son jugement et sa sagesse.

"En cas de conflit entre la raison et la tradition, c'est à la raison qu'il appartient de décider"  (Ech Chihab - mai 1931).

SUR LA PALESTINE, LE SIONISME ET L'IMPERIALISME

Le conflit  n'est pas entre un arabe  palestinien et un juif palestinien; il  n'est pas entre les musulmans et les juifs du monde entier. Il est entre le sionisme et l'impérialisme britannique d'une part et l'Islam et les Arabes d'autre part. L'impérialisme britannique veut utiliser le sionisme pour diviser le corps arabe et profaner les lieux saints de Jérusalem."   (Ech Chihab - Août 1938)

SUR L'AMOUR DE L'HUMANITE

(...) Nous oeuvrons, en tant qu'Algériens, à rassembler la nation algérienne, à ranimer en ses enfants le sentiment national et à leur inculquer la volonté de s'instruire et d'agir jusqu'à ce qu'ils s' éveillent en tant que nation ayant droit à la vie...

"(...) Et nous aimons l'humanité que nous considérons comme un tout et nous aimons notre patrie comme une partie de ce tout. Et nous aimons ceux qui aiment l'humanité et sont à son service et nous détestons ceux qui la détestent et lui portent tort."  (El Mountaquid - juillet 1925)

  »

 

Abdulhamid Ibn Badis et l’association des Oulémas algériens

Ibn Badis (1889-1940) et l’association des Oulémas algériens ont mené un combat acharné contre le phénomène du maraboutisme et le culte des saints propagés et soutenus par le colonialisme français. L’école de Ben Badis a contribué à la réforme de la religion et à l’éveil des peuples musulmans contre les méfaits tant de la pensée que de la présence coloniale dans le monde musulman. Dans sa lutte permanente contre l’administration coloniale et le maraboutisme, Ben Badis s’est appuyé sur les couches populaires qui lui ont apporté leur soutien moral et matériel. Il consacra une grande partie de son temps et de son énergie à l’éducation de la jeunesse. En 1919, Abdelhamid Ben Badis crée la première imprimerie en arabe et commence une longue carrière de journaliste. Il animera successivement les journaux "En Nadjah", "El Mountaqid", "Ech Chihab" et "El Baçaïr". Les articles qu’il publie, surtout dans "Ech Chihab" dénote l’étendue de ses connaissances et son esprit d’ouverture.

Il fonde "L’Association des Oulémas algériens’’ qu’il présidera jusqu’à sa mort. Dans de nombreux articles de presse, il entreprend une vigoureuse défense de la langue arabe, de la liberté du culte. Par le biais de ladite association, il a largement contribué à l’éveil du peuple algérien et à sa sensibilisation à la question nationale.

Dans ce contexte, il m’est un devoir de mentionner les mérites de l’université d’Egypte Al-Azhar qui a également joué un rôle important dans la lutte contre les courants destructeurs et pour la sauvegarde de la culture islamique.

  »

 

 ÓíÑÉ ÇáÅãÇã Èä ÈÇÏíÓ .:

 ãæáÏå æäÓÈå v

  ÍíÇÊå æÑÍáÇÊå ÇáÚáãíÉv

 ßÑäæáæÌíÇ ÇáÃÍÏÇË v

 v English

v Français

 ÐÇßÑÉ ÇáÅãÇã Èä ÈÇÏíÓ .:

 ÝßÑ ÇáÅãÇã v

  ÈÏÇíÉ ÇáÏÚæÉ v