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Cheikh
Abdelhamid Ben Badi Educateur et Réformateur religieux
Abdelhamid Ben
Badis, Président de l'Association des Oulémas musulmans algériens,
figure emblématique du mouvement réformiste musulman en Algérie,
dans la première moitié du XXème siècle, est né
le 5 décembre 1889 à Constantine où il mourut le 16
avril 1940. Il appartenait à une famille patricienne dont les
origines remontaient aux Zirides. Bologhine Ibn Ziri, le fondateur
d'Alger, est l'une des plus célèbres figures de cette famille
princière. C'est dans sa ville natale qu'il apprit le Koran selon
les usages traditionnels, et les bases de ses connaissances en
langue et littérature arabes, ainsi que celles des sciences de la
religion islamique. Tout enfant, il est placé sous le préceptorat
de Hamdân Lounissi, adepte de la confrérie mystique des Tidjâniyya,
qui marquera durablement le jeune Abdelhamid.
Elève, à partir
de 1908, de l'Université Zeitouna à Tunis, il y subit
l'influence de maîtres, notamment de Tahar Ben Achour, adeptes du
mouvement salafi- réformiste musulman prônant le retour à un
Islam purifié de toutes les déformations qui l’avaient dénaturé.
Ce mouvement s'était répandu dans la deuxième moitié du XIXè
siècle au Proche-Orient et en Egypte. Après avoir obtenu son
diplôme en 1912, Abdelhamid va enseigner pendant une année à la
Zitouna, conformément aux usages appliqués par cette
prestigieuse université tunisienne.
près
avoir accompli le pèlerinage à la Mecque et Médine où il se
rendit à l'issue de ses études à Tunis, il côtoya le
mouvement réformiste rigoriste des Wahhabites en plein
essor dans les lieux saints de l'Islam. Durant son séjour à Médine,
Abdelhamid qui va retrouver son premier maître Hamdân Lounissi,
résidant désormais dans la cité du Prophète, va compléter et
approfondir ses connaissances auprès de cet exilé volontaire
ainsi qu’auprès d’autres maîtres.
De retour en Algérie, il se consacra d'abord, de 1913 à
1925, à l'enseignement et à l'action culturelle, avant de vouer
toute son énergie à la réforme de la pratique religieuse dans
le pays. Contrairement à ce qui est fréquemment soutenu -par des
publicistes et des historiens- le mouvement réformiste religieux
en Algérie ne fut pas créé ex- nihilo par Ben Badis et ses
compagnons. La fin du XIXème et le début du XXème siècles
virent naître l’émergence d’intellectuels réformistes représentés
par un groupe d’Oulémas et d'enseignants de valeur à Alger,
Constantine et Tlemcen et ailleurs, tels les cheikhs Medjaoui, Ben
Smaïa, Benali Fekhkhâr qui ont condamné les pratiques
obscurantistes d'un
certain nombre de confréries religieuses, et de personnages
considérés comme saints en raison de leur piété ou de leur
ascendance, comme ils ont dénoncé la mainmise de
l'administration coloniale sur le culte musulman. Lors de sa
visite en 1905 à
Alger et Constantine, le Cheikh Mohammed Abdou rencontra plusieurs
de ces lettrés enseignants.
Le mouvement réformiste
se développa en Algérie pendant l’entre deux guerres mondiales
grâce à l'action de Ben Badis et d'un groupe d'anciens élèves
et de compagnons, loyaux fidèles, disciples formés dans leur
majorité à Tunis ou au Moyen-Orient. Ce mouvement trouvant son
inspiration dans la pensée et l'action de Mohammed Abdou et de
Rachid Ridha, subit aussi indubitablement l'empreinte des idées
rigoristes et souvent intransigeantes des Wahhabites auquel il
emprunta un certain nombre d'idées et de pratiques.
Le but de Ben Badis
maître à penser de ce cénacle et leader animateur du groupe de
ses compagnons, alliant une intégrité et une probité
intellectuelle sans failles, à un amour passionné pour l'Algérie,
sa langue et sa religion, était d’épurer l'Islam algérien de
toutes les pratiques non conformes au Koran et à la Sunna, les
deux seules sources dogmatiques de la religion. Tous ces hommes dévoués
et volontaires désiraient, avec les outils de l'éducation, le
livre, la presse, revivifier l'orthodoxie des premières
splendeurs de l'Islam tout en la conciliant avec les perspectives
d'ouverture d'un modernisme modéré. Les Musulmans devaient
prendre exemple sur les vertueux ancêtres -as-Salaf as-Salih- et
comme au Moyen-Orient, les adeptes du réformisme religieux se
firent appeler Salafiya/ Salafites. De même ils furent connus par
le nom d'Islahiya/ -les réformateurs.
De 1913 à 1925, dès
son retour au pays, Abdelhamid Ben Badis va consacrer tous ses
efforts et ses talents remarquables d'éducateur à
l’enseignement ; cela va des sciences éducatives telles: la
littérature, l'histoire, la géographie aux disciplines civiques
et religieuses. Son action pédagogique cible aussi bien la
jeunesse, garçons et filles, que les adultes:
·
en 1917, il aménage un
cours public dans la mosquée de Sidi Qammoûch, à Constantine.
·
toujours
dans sa ville natale, au siège de la Société de Secours
musulman, avec le concours de ses premiers disciples, des cours du
soir pour adultes sont dispensés, et les langues arabe et française
étaient au programme
·
en 1918, Ben Badis, en véritable
manager, envoya à l’Université de la Zitouna à Tunis, la
première promotion d'un groupe d'étudiants algériens qui seront
appelés à constituer les cadres de l'enseignement libre, ouvrant
la voie à des missions d'études programmées périodiquement.
·
en 1919, à Sidi Boumaza,
la première école de filles est ouverte sous son impulsion. Ben
Badis se chargera lui même, avec le concours de Moubarak Al-Mili,
de dispenser les cours comprenant très tôt que l’instruction
des filles est un paramètre incontournable pour tendre à la
renaissance de la société algérienne.
parallèlement à
ses intenses activités socio-éducatives, le Maître, avec sa
clairvoyance habituelle doublée d’un remarquable pragmatisme,
va investir, dans une première étape, les espaces socioculturels
en milieu urbain. Ainsi :
·
il encourage, organise et
parraine l’éclosion de nombreuses sociétés musicales essaimées
à travers le territoire national, ainsi que des troupes théâtrales
et des formations sportives.
·
il a été l’un des
premiers leaders à avoir su comprendre l’apport considérable
qu’on pouvait tirer du mouvement scout pour encadrer et
structurer l’organisation de masse des jeunes.
·
par ailleurs, des centres
culturels voient peu à peu le jour, toujours sous son instigation
et son égide dont le plus célèbre, le Cercle du Progrès, à
Alger était animé par Tayeb Al-Oqbi, un fidèle compagnon du Maître.
L'action du groupe
en vue de la régénération morale des Musulmans algériens, de
la renaissance d'un Islam à leurs yeux authentique, et
l'affirmation de la personnalité arabo-musulmane du peuple algérien,
prit plusieurs formes et s'alignera au combat pour défendre ses
idéaux sur le terrain de la presse.
Dès 1925 il publia
le journal Al-Muntaqid -le
Censeur- et c’est dans les colonnes de ce périodique, que, lui
et ses compagnons commencèrent à diffuser les idées réformistes.
Le journal jugé subversif par l’administration coloniale, fut
interdit à son 18è numéro. Toujours opiniâtre, Ben Badis créa
par la suite d’autres publications périodiques. La plus célèbre
reste Ach-Chihab -Le Météore-
qui va offrir
une grande tribune médiatique à la propagation du discours
badissien et parut de 1925 à 1939, lorsque le Cheikh en
interrompit volontairement la publication, de crainte, pensent
certains de ses historiens biographes, d’être obligé de
prendre position pour l’un ou l’autre des deux camps qui
s’affrontaient en Europe.
La
création d’écoles où étaient enseignés la langue arabe et
les principes d’un Islam rénové, fut le deuxième moyen
d’action utilisé par Ben Badis et ses partisans. Si en
1934-1935, le journal Ach-Chihab annonce la création, jusqu’à
cette date, de 70 écoles -d’une ou deux classes réparties dans
différentes régions du pays avec 3000 élèves inscrits- l’Association
des Oulémas, qui sera créée en 1931, publia en 1950 la liste de
124 écoles avec un corps éducatif constitué de 274 maîtres. En
1954 la même Association relève un nombre de 40.000 élèves fréquentant
ses établissements scolaires. Elle créa à Constantine, en 1947,
l’Institut Ibn Badis, établissement secondaire qui formera des
enseignants et des élèves appelés à être envoyés poursuivre
leurs études à Fès, Tunis et au Moyen-Orient.
Pour exercer son
action et réunir toutes les bonnes volontés engagées dans la
lutte pour le renouveau de l’Islam, Ben Badis et ses compagnons
s’unirent en 1931 aux cheikhs des confréries religieuses
importantes pour créer l’Association des Oulémas musulmans algériens.
C’est au Cercle du Progrès, en 1931 à Alger, lors d’une réunion
de l’Assemblée générale constitutive de l’Association des
Oulémas Musulmans regroupant les compagnons, les disciples, les
sympathisants et les délégués de l’intérieur du pays autour
du Maître, que Abdelhamid Ben Badis a été élu Président de
cet organisme. Au premier conseil d’administration siégeaient :
Tayeb Al-Oqbi, Moubarak Al-Mili, Bachir Al-Ibrahimi, et
Larbi Tébessi.
Ainsi ce sont les réformistes
qui s’emparèrent des postes clefs de l’Association et
marginalisèrent rapidement les représentants des confréries.
Une année après, c’était la rupture définitive avec les
cheikhs des confréries qui formèrent à leur tour une
Association des Oulémas Sunnites d’Algérie. Le conflit
scissionniste ouvert entre les deux groupes antagonistes : les Oulémas
réformistes d’une part, et les chefs des confréries et des
Zaouias d’autre part, va perturber la masse du peuple. Notamment
la paysannerie et le peuple profond caractérisés par une
simplicité naturelle dans la pratique de leur dévotion et qui
restaient encore très attachés à ses Zaouïas d’autant que
ces dernières détenaient un pouvoir spirituel considérable, et
exerçaient en même temps une profonde influence temporelle :
enseignement, arbitrage, hospitalité, œuvres charitables
…
La doctrine
principale du réformisme musulman, l’islâh des oulémas
rassemblés autour du Maître et leader, Ben Badis, était fondée
foncièrement, rappelons-le sur le retour aux deux sources
essentielles de l’Islam : le Koran et la Sunna. Ils prônaient
la régénération de l’Islam et leur action, se référant
constamment à la
pure religion des ancêtres vertueux délestée des innovations blâmables
-bida`-, était axée sur une offensive passionnée contre tous
les milieux traditionalistes accusés de propager un soufisme
obscurantiste et rétrograde en contradiction avec les valeurs
musulmanes authentiques. Ils condamnaient particulièrement le
culte des saints et accusaient les cheikhs et les adeptes des zaouïas
et des confréries de charlatans, de « faiseurs » d’amulettes,
allant jusqu’à les taxer de polythéisme -chirk-. Ils les présentaient
comme des exploiteurs du peuple, abusant sans vergogne de la crédulité
des populations rurales.
Si Ben Badis lui même,
présenté souvent comme un soufi, ne se montra pas toujours sévère
envers les confréries religieuses, ayant toujours su
cultiver les vertus de l’écoute et de la tolérance en digne
adepte d’Ibn Arabi et de Jalal Al-dîn al-Rûmi, d’autres
membres de son association, par contre, firent preuve d’une
intransigeance dogmatique qui scinda certaines cités du pays, en
deux camps antagonistes livrés à des affrontements dans les
domaines de la théologie, de la morale et de la pratique
quotidienne des principes de la religion.
Ils menèrent bien
souvent une campagne souvent sévère, voire parfois injurieuse,
de dénigrement et de dérision contre les adeptes de pratiques
religieuses populaires. Cette campagne n’épargna pas un certain
nombre de zaouias dirigées et animées par des hommes de bien,
dignes de tout mérite et de tout éloge. Pour préserver leur
pouvoir et aussi leurs privilèges -et ils en avaient-, certains
cheikhs de zaouias se rapprochèrent de l’administration
coloniale qui sut les récupérer, et les auxiliariser machiavéliquement
à la fois, contre les Oulamas réformistes, et contre les partis
indépendantistes.
A la longue, Ben
Badis, pour éviter les mesures coercitives du Pouvoir colonial,
traduites répressivement par
de répétitives interdictions, frappant ses journaux, et
prohibant l’enseignement de la langue arabe, son principal moyen
d’action, le Maître s’est interdit, par calcul tacticien,
dans ses programmes d’actions, des perspectives et des objectifs
politiques dans ses efforts d’émancipation du peuple algérien.
Lui et ses compagnons ne cessèrent de proclamer l’appartenance
arabo-islamique du peuple algérien. Ainsi, ils se mobilisèrent
par l’enseignement et la propagation de la culture
arabo-islamique pour servir la patrie algérienne. Cette habile
position de « rempart » culturel adoptée par Ben Badis et ses
compagnons va contrecarrer, insidieusement, les menées de
l’occupant colonial et les agissements des Pères Blancs visant
à aliéner un peuple de son substrat identitaire civilisationnel.
L’entreprise intrépide des réformistes religieux réussira à
mettre un frein à la dépersonnalisation du peuple algérien et
à sa division. Le succès de ces combats, sourds et latents,
contre l’ethnicisme et le régionalisme, contre ces maux et ces
fléaux socio-historiques fomentés, stimulés et attisés par «l’ingénierie»
coloniale, se traduira par un succès indéniable.
Il faut souligner
que les réformistes furent adeptes d’un nationalisme modéré,
très tôt assez proche des partisans du Manifeste du peuple Algérien
de Ferhat Abbas, tout au moins pour ce qui relève de la problématique
de l’émancipation du peuple algérien, et qu’ils ont toujours
rêvé d’une modification de la politique coloniale française.
Ces réformistes suivaient
avec beaucoup d’intérêt les efforts de renouveau
religieux de Djamel ad-Dîn Al-Afghâni et de Mohammed Abdou et
son disciple et futur continuateur Rachid Ridha.
Ainsi, sans jamais
se prononcer ouvertement sur l’indépendance de l’Algérie, le
mouvement réformiste lancé et animé par Ben Badis, contribua à
l’enracinement du nationalisme libérateur, et à l’extension
de la résistance contre les menées coloniales françaises
visant à pérenniser leur occupation impérialiste. L’objectif
suprême du Maître du réformisme religieux était fondé sur la
sauvegarde de la personnalité d’une Algérie, unie et en
symbiose, dans ses spécificités ethniques, religieuses et
culturelles … indivisées et indivisibles (avec pour slogan énoncé
dans la célèbre triade, l’Islam
est notre religion, la langue arabe est notre langue, l’Algérie
est notre patrie.
L’apolitisme
patent de Ben Badis, du moins au début de son action, ne l’empêcha
pas de jouer un rôle de premier plan dans la constitution et
l’action du Congrès Musulman algérien,
tenu en juin 1936 à Alger, qui, réunissant les
principales mouvances politiques du pays, à l’exception des indépendantistes,
réclamait l’octroi de la nationalité française sans abandon
du statut personnel, pour une élite de 20.000 Algériens, -corps
social constitué de détenteurs de diplômés et de
fonctionnaires instruits- qui pouvaient ainsi participer aux différentes
élections avec le collège des Européens « pieds noirs ».
Malgré la modération des revendications visant à améliorer la
condition désastreuse du peuple algérien, les colons et
l’administration coloniale méprisants et « aveuglés » en même
temps, sabordèrent le projet.
A sa mort, en 1940,
Ben Badis laissa plusieurs élèves, disciples et compagnons qui
tentèrent de prolonger son action.
Le plus fidèle et
le plus dévoué dans la lutte pour l’indépendance du pays fut,
incontestablement, le cheikh Larbi Tébessi. Enlevé par la police
française, au cours de la Guerre de libération nationale; son
corps ne fut jamais retrouvé.
A l’opposé de
certains membres de l’Association des Oulémas Musulmans Algériens,
Ben Badis ne fit jamais preuve de violence verbale envers ses
adversaires, y compris envers les cheikhs de zaouïas. Plus serein
que la plupart de ses compagnons, plus tolérant, plus ouvert et
d’une modestie et d’un détachement de soi quasi mystiques,
durant toute sa vie d’intellectuel engagé sur les fronts qui
furent les siens, il voulait
gagner à son grand projet d’une société réformée
dans ses fondements religieux et culturels, les milieux hostiles,
les sceptiques et les indifférents. Il montra la même attitude généreuse
et magnanime envers les autres ethnies et religions du pays, ne se
départissant jamais d’un profond humanisme tirant son essence
et sa quintessence de ses croyances religieuses, et des
enseignements précieux de sa somme culturelle qu’il avait
acquise précocement, dans son pays d’abord, puis lors de ses
voyages d’études initiatiques dans le monde arabe.
Pour honorer la mémoire
et l’œuvre de cet imam du siècle défunt, que fut le cheikh
Abdelhamid Ben Badis, illustre éducateur et l’une des grandes
figures de notre Panthéon national, le 16 avril a été institué
par les pouvoirs publics : Youm El Ilm/ Journée de la science.
Rappel
bibliographique de son œuvre(en
langue arabe) :
·
Mabadi : El Oussoul
–Texte présenté et annoté par A. Talbi, -Alger, SNED, 1980.
-48p.
·
Alaqaid Al islamia Min Al
Ayat Al qorania Wal Ahadith An
Nabawiyya -Texte annoté et commenté par Mohammed Hassen Foudhala
-Constantine, Dar el Baath, 1985. -120p.
·
Athar Abdelhamid Ibn Badis
–Alger, Ministère des affaires religieuses, 1985- 4vol.
·
Madjaliss At-Tadhkir
–Alger, Ministère des affaires religieuses, 1991.
Rappel
Bibliographique critique de son œuvre (en langue française)
:
·
Ali Merad –Ibn Badis,
commentateur du Koran (deux éditions existent)
-Paris, Geuthner – 269p.
-Alger,
SNED, 1971, -269p.
·
Ali Merad-le Réformisme musulman
en Algérie de 1925 à 1940 : Essai d’histoire religieuse et
sociale
–Paris,
Mouton, 1967 – 474p.
»
Abdelhamid
Ben Badis un homme de pensée et d'action
ABDELHAMID
BEN BADIS est né le 5
décembre 1889 à Constantine d'une famille de vieille bourgeoisie
citadine.
Après
des études coraniques à la zaouyya Aissaoua, il part en 1908
pour Tunis où il poursuit ses études à l'Université Zeïtouna
jusqu'en1911. C'est à la Zeïtouna où il prend contact avec des
0ulama et des patriotes tunisiens qu'il s'éveille à la
conscience nationale. Cet éveil est soutenu par des motivations
telles que : l'histoire da l’Algérie, la situation de la
langue arabe et de la religion etc...
En
1922, il part en pèlerinage à la Mecque, puis voyage à Médine,
Damas, Le Caire, rencontre des Oulama de ces pays avec qui il a
des entretiens et des débats.
En
1913 pénétré des idées de la Nahdha et de l'enseignement des
cheikhs Abdou et Djamal Eddine El Afghani, Abdelhamid Ben Badis
retourne an Algérie.
A
Constantine, les premières prédications religieuses du jeune Ben
Badis rencontrent une relative audience auprès des couches
populaires mais se heurtent à une violente réaction de la
bourgeoisie locale et de l'Administration coloniale.
A
la mosquée Sidi Lakhdar, il ouvre la première des 130 médersas
que comptera le pays 20 ans plus tard. Dans cette médersa, des élèves
de diverses régions viennent étudier le Coran, mais aussi, et
selon des méthodes modernes, l’histoire de l’Algérie, la
littérature arabe et d'autres disciplines. Ce renouvellement pédagogique
est une préoccupation commune aux cercles réformistes du Maghreb
et du Machreq arabes.
Abdelhamid
Ben Badis impulse le développement d'un fonds d'entraide aux médersiens.
Il forme le corps enseignant qui va essaimer à travers le pays.
Il organise la mixité dans les médersas: garçons et filles étudient
ensemble. Dans cette entreprise, il doit lutter à la fois, contre
l'hostilité de l'Administration coloniale et celle des confréries
maraboutiques et de la bourgeoisie locale. Il s'appuie sur les
couches populaires qui lui apportent leur soutien moral et matériel.
C'est que les couches populaires sont plus sensibles à son oeuvre
pratique qu'aux promesses des notables.
L'affluence
des jeunes, fils de petits commerçants, de travailleurs, de
talebs, de paysans pauvres, tous assoiffés d'instruction et de
savoir font redoubler l'énergie de Ben Badis qui va consacrer
conjointement à son oeuvre de "Tefsir" (commentaire du
Coran) une grande partie de ses forces à l'éducation de la
jeunesse. Au contact des médersas, ces jeunes vont pouvoir
exprimer leurs préoccupations et leurs espoirs; ils seront l'un
des chaînons du mouvement de la Nahdha en contribuant notamment
à faire sortir la langue arabe du ghetto dans lequel le
colonialisme l'avait confinée.
En
1919, Abdelhamid Ben Badis crée la première imprimerie en arabe
et commence une longue carrière de journaliste. Il animera
successivement les journaux "En Nadjah", "El
Mountaqid", "Ech Chihab" et "El Baçaïr".
La lecture des textes qu'il publie, surtout dans "Ech Chihab"
confirme son ouverture d'esprit sur le monde moderne.
Au
fur et à mesure que Abdelhamid Ben Badis avance dans son travail
d'éducation de la jeunesse et de rénovation, se multiplient
autour de lui et contre lui les attaques de la bourgeoisie et des
marabouts, auxiliaires et chiens de garde de l'Administration
coloniale. Ses prises de positions publiques se politisent de plus
en plus, surtout à partir de 1931, date à laquelle il fonde
"L'Association des 0ulana d'Algérie" qu'il présidera
jusqu'à sa mort. Cette association ouvre pour cheikh Abdelhamid
Ben Badis un champ d'activité très large. Dans de nombreux
articles de presse, conférences, prises de parole, il entreprend
une vigoureuse défense de la langue arabe, de la liberté du
culte. Il ne cesse de cerner, en des termes de plus en plus précis,
la question nationale et la personnalité algérienne.
La
victoire du front populaire en France (1936) coïncide avec
l'essor du mouvement national et aide objectivement à son développement.
Elle fait naître des espoirs. C'est l'époque du "Congrès
Musulman" dont nous parlons par ailleurs.
Après
la dislocation, du Congrès en été 1937, le cheikh Ben Badis
retourne alors à son activité propre à la tête de
"l'Association des Oulama". Il poursuit en même temps
son activité de journaliste, mène une lutte quotidienne contre
la répression qui s'abat sur les patriotes algériens et dénonce
la propagande fasciste et les agissements antisémitismes.
Miné
par la maladie, il meurt prématurément le 16avril 1940 à
Constantine, sa ville natale. Alors que la seconde guerre mondiale
faisait déjà rage, aggravant les préoccupations de chacun,
cette mort ne passa pas inaperçue. En effet, plus de 20000
personnes assistèrent à ses obsèques qui prirent l'aspect d'une
gigantesque manifestation d'adhésion des masses populaires aux
principes humanistes, anticolonialistes et démocratiques qui ont
guidé la vie et inspiré l'oeuvre de ce grand combattant algérien.
TOUTE
UNE VIE AU SERVICE DE LA LIBERTE ET DU PROGRES
Pour
de nombreux Algériens, le nom de Ben Badis évoque surtout la
lutte inlassable menée par le cheikh pour préserver et
revaloriser la langue et la culture arabes, pour affirmer et
sauvegarder la personnalité algérienne, pour éliminer les déformations
maraboutiques qui défiguraient l'islam et en faisaient un
instrument au service de la domination coloniale.
Mais
Ben Badis fut aussi un éminent dirigeant politique qui contribua
largement au développement du mouvement national sous sa forme
moderne.
A
ces divers titres, Ben Badis est une des grandes figures
nationales de l'Algérie. Son oeuvre profondément humaniste, ses
idéaux démocratiques et son action anticolonialiste constituent
un enseignement précieux pour tous les algériens. Certes, cette
oeuvre et cette action appellent un examen critique et des études
scientifiques. C'est là un travail d'historien que nous
souhaitons voir réalisé.
Dans
ce cadre, et pour notre part, nous pensons que le meilleur hommage
que nous puissions lui rendre aujourd'hui est de mettre en relief
quelques uns des aspects les plus positifs de son combat, ceux-là
mêmes que publicistes, idéologues et historiens
conservateurs s'efforcent pour les besoins de leur politique
obscurantiste de passer sous silence ou de dénaturer. I1 nous a
paru important de rappeler notamment quelques épisodes de la
lutte politique menée par Ben Badis pendant la période qui a précédé
de peu la deuxième guerre mondiale, celle des années 1936-1937
qui ont vu la création et les activités du "Congrès
Musulman Algérien".
Ce
qui émerge des faits, dès la première approche, c'est
l'action inlassable de Ben Badis pour unir, toutes las forces
anticolonialistes. En ce1a, il a fait preuve d'une clairvoyance
remarquable. Ceux qui ont eu l'occasion de suivre ses conférences
et causeries se souviennent sans doute de l'exemple qu'il aimait
à donner souvent pour démontrer l'exigence, la nécessité et la
valeur de cette unité d'action. L'ennemi, disait-il, en
substance, peut briser chacun de nous comme il le ferait d'un
simple roseau. Mais si nous réunissons tous les roseaux en une
gerbe, il restera impuissant.
Cette
union des forces patriotiques et anticolonialistes, Ben Badis a
travaillé à sa réalisation en participant à la fondation du
"Congrès Musulman Algérien" (CMA).
LE
"CONGRES MUSULMAN": UNE ETAPE DANS LE DEVELOPPEMENT DU
MOUVEMENT ALGERIEN DE LIBERATION
Le
"Congrès Musulman Algérien" marque une étape importante
dans le développement du mouvement algérien de libération. Pour
aider à mieux apprécier aussi bien l'apport que les limites de
cette organisation ainsi que le rôle qu'y a joué le cheikh
Abdelhamid Ben Badis, nous rappellerons brièvement le contexte
historique qui avait marqué cette époque.
En
Algérie, les années 30 sont celles où les colonialistes célébraient
avec une arrogance sans pareille le centenaire de la conquête.
Notre pays vivait sous l'humiliant "code de l'indigénat";
ses territoires du sud étaient sous le "régime du
sabre", c'est-à-dire militairement administrés. Le peuple
Algérien connaissait une misère effroyable, était soumis à une
exploitation effrénée, maintenu dans l'ignorance,
quotidiennement brimé et humilié dans sa dignité. Considéré
juridiquement comme "un sujet musulman" sans droits
politiques, l'Algérien était tout juste bon pour produire
beaucoup, consommer peu et servir de chair à canon dans les
guerres colonialistes.
Le
colonialisme n'autorisait la promotion intellectuelle -fort limitée
et orientée - qu'au sein des gros possédants algériens et
d'une
minorité de la bourgeoisie algérienne qui participaient à
l'exploitation des travailleurs et des fellahs et ramassaient les
miettes que leur laissaient les colons et les capitalistes
français. En échange de cette promotion culturelle et sociale,
cette féodalité terrienne et cette fraction de la bourgeoisie
citadine se faisaient les auxiliaires de l'administration
coloniale à qui elles venaient en aide pour freiner l'éveil de
la conscience nationale du peuple et s'opposer à ses
revendications les plus élémentaires. On connaît trop bien les
exactions des caïds et bachaghas dans les communes mixtes, celles
des "élus" administratifs dans les villes et que le
peuple appelait les "Beni oui oui".
Toutes
ces mesures répressives limitaient et rendaient plus difficiles
les luttes patriotiques mais elles ne pouvaient pas les empêcher.
La conscience nationale continuait de se développer et trouvait
son expression dans l'organisation de partis politiques, de
syndicats, d'organisations démocratiques et anticolonialistes. Ce
n'est certes pas un hasard si c'est dans ces années mêmes que
devaient être créés l'Association des Ouléma (1931), le PCA
(1936), le PPA (1937), le Congrès Musulman (1936) etc. Toutes ces
organisations poursuivaient d'une façon plus vaste et mieux
organisée, les actions menées dans les années 20 par le
mouvement de l'Emir Khaled, les premiers groupes communistes avec
Hadj Ali Abdelkader et Ben Lekhal, l' "Etoile
Nord Africaine" créée à Paris parmi les Algériens émigrés.
Cela avait amené ces algériens à poser dès cette époque la
revendication de l'indépendance nationale et à engager la lutte
pour la faire aboutir. Eux aussi prenaient ainsi - sous de
nouvelles formes- le relais des luttes de résistance armée qui
avaient été menées par Abdelkader, El Mokrani, les Oulad Sidi
cheikh et tant d'autres depuis 1830, et eux aussi devaient tomber
victimes de la répression colonialiste (l'Emir Khaled mourra en
exil, Ben Lekhal en déportation etc.).
Un
long travail avait été donc mené en profondeur par ces forces
patriotiques des années 20 soit ensemble, soit séparément, bien
que les objectifs des uns et des autres coïncidaient ou se
rejoignaient sur bien des points.
Dans
les années 30, l'unité d'action des forces patriotiques et
anticolonialistes s'avérait une nécessité et une tâche
primordiale pour faire face à l'aggravation de leur situation du
fait des menaces que le fascisme européen faisait courir à l'Algérie
comme à tous les peuples du monde.
C'était
l'époque où, en Europe, après la grave crise mondiale de 1919,
montait le fascisme avec l'avènement de Hitler et de Mussolini.
L'axe Rome-Berlin-Tokyo se préparait à plonger le monde dans une
tuerie sans précédent. On se souvient que Hitler, dans son livre
"Mein Kampf" classait les arabes au 14e rang des races
et les vouait à l'extermination comme les Israélites. Ce qui répondait
tout à fait au vœu des ultra-colonialistes d'Algérie.
Mais
en France, le raz de marée qui avait soulevé le peuple fait échec
aux tentatives fascistes de prendre le pouvoir. Une coalition de
gauche comprenant la SFIO, le parti radical et le parti
communiste, soutenue par les grandes centrales syndicales,
constitue le "Front Populaire" et chasse les réactionnaires
du pouvoir. Un gouvernement de 'Un gouvernement de "Front
Populaire" est constitué en avril 1936 avec à sa tête Léon
Blum, dirigeant SFIO. Les communistes qui ne participent pas à ce
gouvernement le soutiennent en vertu du pacte signé entre eux et
les socialistes le 27 juillet 1934.
Les
action antifascistes en France ont leur répercussion dans notre
pays où les algériens organisent à leur tour de puissantes
manifestations antifascistes et anticolonialistes. De nombreux
comités d'"Amis du Front Populaire" se créent un peu
partout. L'espoir est grand chez les Algériens de voir un
gouvernement de gauche accorder un minimum de droits, ceux-là mêmes
que les gouvernements réactionnaires précédents avaient
toujours refusés.
Abdelhamid
Ben Badis juge la situation favorable pour arracher ces droits. A
l'égard du Front Populaire, il adopte une attitude positive.
"...La France aborde une situation nouvelle, nous devons y
accorder un regard neuf..." (Extrait d'un article publié
dans Ech Chihab en novembre 1937).
LE
PROJET BLUM-VIOLETTE
C'est
pour l'Algérie, l'époque du projet Blum-Violette (ce dernier étant
gouverneur général de l'Algérie) qui a déjà fait couler
beaucoup d'encre. Il suffit de dire qu'il a été combattu aussi
bien par les colons et les fascistes français qui voyaient en lui
un coup porté contre leurs privilèges que par des courants
nationalistes qui ne voyaient en lui que les insuffisances et les
dangers d'assimilation qu'il présentait. En fait ce projet qui
comportait effectivement des insuffisances et des ambiguïtés présentait
pour l'époque- compte tenu du rapport des forces- des aspects
positifs certains, ceux-là mêmes qui firent lever les boucliers
des ultra et des fascistes et le firent échouer.
Pour
sa part, Abelhamid Ben Badis souscrit à ce projet tout en menant
une vaste campagne d'explication vigilante pour dénoncer les
tendances assimilationnistes. C'est dans cette bataille que se réalise
l'unité d'action entre divers forces anticolonialistes: Oulama, Fédération
des Elus, PCA, groupes socialistes, syndicats, personnalités démocrates.
Le
4 juin 1936, le Cheikh Ben Badis prend l'initiative d'organiser un
grand rassemblement avec ces diverses forces politiques à Alger.
Celui-ci se tient le 6. Un débat houleux s'engage autour du
projet Blum-Violette. Bendjelloul, président de la Fédération
de Elus, veut tirer à lui seul le bénéfice de cette réunion
pour appliquer ses vues assimilationnistes. Il est battu et
contraint de reculer devant la volonté d'union et d'action exprimée
par la majorité des délégués.
Le
7 juin a lieu le grand meeting du Majestic (aujourd'hui l'Atlas).
Ben Badis fait acclamer l'appellation "Congrès Musulman Algérien",
la proclamation de la langue arabe comme langue nationale et
d'autres revendications ayant trait à la liberté du culte et
d'enseignement. D'autres délégués font approuver le principe de
la continuité du Congrès par la création d'un organisme central
et la constitution de comités populaires de base afin de
poursuivre et d'amplifier la lutte. Ils font acclamer d'autres
revendications immédiates relatives à la terre, aux libertés démocratiques
et aux droits sociaux des travailleurs.
Quant
aux revendications politiques, elles restent confuses par le fait
de l'obstruction de certains Elus avec à leur tête Bendjelloul
qui, par la suite, sera expulsé du Congrès et deviendra un
adversaire acharné de Ben Badis.
Cependant,
les congressistes se séparent conscients d'avoir découvert, dans
leur union naissante, les prémisses d'une force gigantesque,
jusque là en sommeil, capable d'arracher dans l'immédiat des
avantages qui seront autant d'acquis pour mobiliser les masses
dans les luttes futures pour la libération nationale.
Le
20 juillet, la première assemblée du CMA se réunit, adopte une
charte revendicative , élit un Comité exécutif et désigne
une délégation chargée de se rendre auprès du gouverneur français
présenter les revendications du Congrès.
Un
participant note à ce sujet:
"...
Contrairement à ce à ce qu'affirmèrent certains, la Charte n'était
point axée principalement sur le projet Blum-Violette. Elle
réclamait certes l'égalité des droits politiques pour tous les
habitants de l'Algérie dans le respect du Statut des musulmans et
le suffrage universel, mais l'accent principal était mis sur:
-
la reconnaissance de la langue arabe comme langue nationale
officielle;
-
la non-immixtion de l'administration dans le culte musulman;
-
le retour des mosquées et des biens Habous à la libre gestion
des fidèles;
-
la liberté de l'enseignement;
-
l'abrogation du décret Régnier;
-
les libertés syndicales, de presse, d'association et de réunion
; - la distribution des terrains domaniaux et communaux aux
paysans pauvres;
-
des augmentations de salaires avec diminution des heures de
travail, en particulier pour les travailleurs agricoles;
-
des congés payés et des allocations familiales pour tous les
salariés.
"Ainsi,
ajoute notre témoin, le Charte reflétait beaucoup plus les préoccupations
immédiates des divers éléments composant le Congrès Musulman
que le programme définitif d'un parti.
"Mais
à part quelques éléments genre Bendjelloul et autres Benhoura
("Élus") qui lâcheront en cours de route et que
seules les circonstance ont poussé au devant du mouvement,
tous les autres se rejoignaient dans leur perspective commune
d'une même lutte pour le mot d'ordre d'indépendance.
Les
nasses populaires ralliaient le congrès et lui apportaient une
force inconnue jusqu'alors. Des délégations de tribus allaient même
jusqu'à demander si l'heure était venue de prendre les armes.
"En
attendant, le front Populaire venait d'ouvrir une brèche dans
la citadelle du colonialisme français encore tout puissant.
l'heure était non aux grandes discussions, mais à l'action:
l'action immédiates, organisée autour de revendications précises,
susceptibles de mobiliser et d'unir les plus larges
masses..."
LA
LUTTE CONTINUE
La
délégation revient à Alger. Les mains vides. Dans une
déclaration publiée dans "Ech Chihab" (septembre
1936), Abdelhamide Ben Badis fait un bref compte rendu
disant notamment s'adressant au peuple algérien :
"...
Tu as constitué un Congrès et chargé une délégation unie
d'aller présenter tes revendications. Cette délégation a rendu
visite t aux ministres, aux partis et à la grande presse. Elle
t'a fait connaître auprès d'eux et leur a fait entendre ta voix.
"Ils
t'ignoraient totalement, mais par tes grandes actions et par le
travail qu'a accompli la délégation, tu es aujourd'hui reconnu
par ceux qui connaissent le droit, respectent le généreux et
soutiennent ceux qui souffrent de l'injustice.
"Peuple
! tu as par ton oeuvre grandiose, prouvé que tu es un peuple épris
de liberté, cette liberté qui n’a jamais quitté nos cœurs
depuis que nous avons brandi sa bannière. Et dans l'avenir, nous
saurons comment lutter, comment vivre et mourir pour cette liberté
(...)
Peuple
! tu as lutté et tu n'es qu'au début de
ton combat. Lutte avec constance et renforce ton organisation. Et
sache que cette lutte dans toute sa grandeur n'est qu'un pas,
qu'un bond en avant qui amèneront d' autres pas, d'autres bonds
en avant !"
Cet
appel vibrant à la lutte et à l'union élève la combativité
des masse populaires. Et en cette fin d'année 1936 et tout au
long de 1937, seront menées des dizaines et des dizaines
d'action de masse : grèves, démarches collectives autour de
revendications précises (inspirées de la charte du congrès),
contre la répression colonialiste, les complots fomentés par
l'Administration coloniale et par ses suppôts, contre le fascisme
et l’antisémitisme.
Ces
actions seront impulsées par les comités populaires du Congrès
Musulman, notamment en Oranie où ils se sont
largement constitués, ainsi que dans l'Algérois et l'Est-Constantinois.
Dans ce mouvement ascendant, mené parallèlement à un
travail de renforcement de l'union au sein du
Congrès, Abdelhamid Ben Badis se dépensa sans compter.
En
juin 1937, 1e Congrès se réunit de nouveau, au cercle du Progrès
(Nadi Et Taraqi) à Alger. Des efforts avaient été auparavant
pour surmonter les difficultés créées par le groupe d' "Elus"
dirigés par Bendjelloul et pour que triomphe l'esprit unitaire.
Cette
réunion devait jeter les bases d'un grand parti algérien. Différentes
conceptions s'affrontèrent mais les débats ne donnèrent aucun résultat
concret, si ce n'est de maintenir le CMA sous sa première forme.
C'était là un indice de l'essoufflement du CMA, essoufflement dû
aux coups conjugués de l'Administration coloniale et des
fascistes, des menées liquidatrices de certains "Elus"
et de l'opposition destructrice de Messali. A cela, il faut également
ajouter l'échec de la mission auprès du gouvernement du Front
Populaire qui lui aussi s'enlisait, tandis que le fascisme s'élargissait
en Europe et que s'annonçait la seconde guerre mondiale.
Abdelhamid
Ben Badis n'en continua pas moins ses efforts unitaires et s'efforça
de maintenir la flamme qui animait les multiples comités
populaires/ Mais le grand Congrès avait vécu laissant cependant
des traces inoubliables dans la mémoire du peuple algérien dont
il a enrichi l'expérience, l'aidant par lui-même à se préparer
à d'autres luttes plus âpres, luttes qui virent se réaliser
d'autres formes d'unité d'action entre les forces patriotiques
pour l'indépendance et la liberté.
BEN
BADIS a écrit...
Les
quelques citations (traduites) que voici sont dans une
certaine mesure amoindries dans leur portée réelle parce que
forcément extraites de leur contexte. Elles ont cependant une
valeur indicative importante. Elles témoignent de la profondeur
de vue de leur auteur, de son esprit de discernement, de son
humanisme et de son attachement aux principes de liberté, de démocratie
et de justice.
SUR
LA NATION ALGERIENNE
"La
nation algérienne n'est pas la France, ne peut pas être la
France et ne veut pas être la France." (Ech Chihab - Avril
1936)
SUR
LE COLONIALISME
"Nous
savons parfaitement différencier, dans toute nation l'esprit
humaniste de l'esprit colonialiste, Et autant nous détestons et
combattons le second, autant nous approuvons et soutenons le
premier. Ceci parce que nous sommes profondément convaincus que
l'esprit colonialiste est à la base de tous les maux du monde et
que tout bien fait à l'humanité provient de l'esprit
humaniste," (Ech chihab - Janvier 1938)
SUR
L'UNITE D'ACTION
(Extrait
d'un article publié dans El Baçaïr du 15 août 1938):
(...)
(Ben Badis) a rappelé la nécessité de l'union qui, si elle ne
peut se faire par le biais de la religion, qu'elle se fasse par le
ciment de la douleur et de la misère communes. Il a montré combien
cette union était indispensable et s'est déclaré prêt à s'
unir dans l'action avec quiconque, sauf avec ceux qui sont les
instruments de l'Administration (coloniale) et font ce que
celle-ci leur dicte, non ce qu'ils veulent eux faire.
SUR
LE FASCISME ET LE RACISME
''Le
peuple musulman, imprégné de principes démocratiques
islamiques, ne peut suivre une doctrine qui ne préconise l'évolution
humaine que par l'hégémonie d'une race sur les autres. Les
principes islamiques sont basés sur l'égalité de tous les êtres
humains."
(Déclaration
faite le 3 avril 1937 au journal "La Lutte
sociale",organe du Parti communiste algérien).
SUR
L'INDEPENDANCE
"L'indépendance
est un droit naturel pour chaque peuple de la terre. Plusieurs
nations qui nous étaient inférieures du point de vue de la
puissance, de la science, de la force potentielle et de la
civilisation ont recouvré leur indépendance. Nous ne sommes pas
des devins et ne prétendons pas - à l'image de ceux qui déclarent
que l' Algérie demeurera éternellement ce qu'elle est - partager
avec Dieu la connaissance de l'avenir, De même que l'Algérie a
changé à travers l'histoire, de même il est possible qu'elle
continue à se transformer."
(Ech Chihab - Juin 1936).
SUR
LA RAISON ET LA TRADITION
"L'islam
a libéré l'intelligence de toutes croyances fondées sur
l'autorité. Il lui a rendu sa complète souveraineté dans
laquelle elle doit tout régler, par son jugement et sa sagesse.
"En
cas de conflit entre la raison et la tradition, c'est à la raison
qu'il appartient de décider" (Ech Chihab - mai
1931).
SUR
LA PALESTINE, LE SIONISME ET L'IMPERIALISME
Le
conflit n'est pas entre un arabe palestinien et un
juif palestinien; il n'est pas entre les musulmans et les
juifs du monde entier. Il est entre le sionisme et l'impérialisme
britannique d'une part et l'Islam et les Arabes d'autre part.
L'impérialisme britannique veut utiliser le sionisme pour diviser
le corps arabe et profaner les lieux saints de Jérusalem." (Ech
Chihab - Août 1938)
SUR
L'AMOUR DE L'HUMANITE
(...)
Nous oeuvrons, en tant qu'Algériens, à rassembler la nation algérienne,
à ranimer en ses enfants le sentiment national et à leur
inculquer la volonté de s'instruire et d'agir jusqu'à ce qu'ils
s' éveillent en tant que nation ayant droit à la vie...
"(...)
Et nous aimons l'humanité que nous considérons comme un tout et
nous aimons notre patrie comme une partie de ce tout. Et nous
aimons ceux qui aiment l'humanité et sont à son service et nous
détestons ceux qui la détestent et lui portent tort."
(El
Mountaquid - juillet
1925)
»
Ibn Badis
(1889-1940) et l’association des Oulémas algériens ont mené
un combat acharné contre le phénomène du maraboutisme et le
culte des saints propagés et soutenus par le colonialisme français.
L’école de Ben Badis a contribué à la réforme de la religion
et à l’éveil des peuples musulmans contre les méfaits tant de
la pensée que de la présence coloniale dans le monde musulman.
Dans sa lutte permanente contre l’administration coloniale et le
maraboutisme, Ben Badis s’est appuyé sur les couches populaires
qui lui ont apporté leur soutien moral et matériel. Il consacra
une grande partie de son temps et de son énergie à l’éducation
de la jeunesse. En 1919, Abdelhamid Ben Badis crée la première
imprimerie en arabe et commence une longue carrière de
journaliste. Il animera successivement les journaux "En
Nadjah", "El Mountaqid", "Ech Chihab" et
"El Baçaïr". Les articles qu’il publie, surtout dans
"Ech Chihab" dénote l’étendue de ses connaissances
et son esprit d’ouverture.
Il fonde "L’Association
des Oulémas algériens’’ qu’il présidera jusqu’à sa
mort. Dans de nombreux articles de presse, il entreprend une
vigoureuse défense de la langue arabe, de la liberté du culte.
Par le biais de ladite association, il a largement contribué à
l’éveil du peuple algérien et à sa sensibilisation à la
question nationale.
Dans ce contexte,
il m’est un devoir de mentionner les mérites de l’université
d’Egypte Al-Azhar qui a également joué un rôle important dans
la lutte contre les courants destructeurs et pour la sauvegarde de
la culture islamique.
»
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